L’évacuation des camps de Roms : une gestion catastrophique et honteuse par les pouvoirs publics

A la demande expresse des autorités locales (MM. Paillard et Braouezec), le Préfet a décidé d’appliquer les décisions de Justice ordonnant l’expulsion des familles Roms vivant dans un certain nombre de camps de fortune installés sur des terrains publics et parapublics, notamment dans notre commune.

Cette décision répond donc pleinement aux attentes des élus locaux de la majorité municipale. Mais, elle met en très grande difficulté de très nombreuses familles immigrées qui vivaient déjà dans des conditions indignes, objets de discriminations nombreuses. Cette situation est intolérable. Pour celles et ceux qui ont eu des parents immigrés de divers horizons et qui ont vécu dans les taudis, bidonvilles, victimes de marchands de sommeil, etc… à Saint-Denis, voir ce qui se passe «prend aux tripes». Je suis, comme beaucoup d’autres Dionysiens, de ceux-là.

Comment ne pas s’indigner devant l’absence de proposition de sédentarisation pour toutes ces familles, notamment pour les plus anciennes ? Leurs enfants sont pour beaucoup nés ici et ont leur scolarité dans nos écoles : où vont-ils être envoyés ? sont-ils désormais condamnés à errer sur les chemins et doivent-ils abandonner tout espoir de se construire une vie dans notre collectivité ? L’urgence est de trouver des solutions de logement et de travail pour ces familles. Tous les pouvoirs publics, à commencer par l’Etat, doivent s’en préoccuper sans délais.

Car la ville et Plaine Commune ne sont pas comptables de cette situation : la compétence de l’accueil et du suivi de la population immigrée Rom revient pleinement à l’Etat. En outre, les deux échelons locaux ont accepté de participer à un plan de construction de villages spécifiques (Saint-Denis et Aubervilliers) visant à l’insertion de la population Rom… mais, il est vrai, dans des proportions très faibles.

Mais là où la responsabilité de MM. Braouezec et Paillard est en jeu est qu’il est incontestable qu’ils ont tout fait, pendant des années, pour projeter l’image d’une ville en capacité d’accueillir les populations les plus en difficultés. Dès lors, il ne faut pas s’étonner que ces dernières aient convergé - de bonne foi - massivement et prioritairement sur le territoire de Saint-Denis. Cette observation est incontestable. Il ne faut pas jouer aujourd’hui à ceux qui n’y sont pour rien et rejeter les responsabilités uniquement sur les autres.

MM. Braouezec et Paillard continuent d’ailleurs à revendiquer l’axiome selon lequel «être de gauche, c’est favoriser l’accueil de la population la plus déshéritée», positionnement censé les différencier de ces infâmes socialistes locaux qui ont l’audace de rejeter cet oukase et, agonis des qualificatifs de «petits bourgeois inféodés aux bo-bos» et sombres «socio traîtres», ont dû être expulsés manu militari de la Municipalité de gauche que Saint-Denis mérite !

Le Député et le Maire continuent de refuser d’admettre que leur stratégie engendre des politiques locales qui aggravent la spécialisation des territoires en Ile de France et entérinent le séparatisme social que tout citoyen de gauche devrait combattre avec détermination. Ils refusent de constater les ravages de la ghettoïsation accéléré de nos quartiers : tensions extrêmes laminant le lien social, difficultés de plus en plus ingérables auxquelles doit faire face le service public tant local que national, coût de plus en plus énorme de la prise en charge sociale avec d’ailleurs une efficacité de plus en plus limitée.

La question des camps de Roms a l’avantage de montrer crûment l’absurdité de cette stratégie. MM. Braouezec et Paillard ne peuvent objectivement plus faire face aux besoins sociaux générés par une présence massive de familles avec des attentes urgentes et presque vitales. Alors, ils cèdent sur leur «principe» soi-disant de gauche s’agissant de ce dossier brûlant.

Mais est-ce pour autant qu’ils remettent en cause leur stratégie adoptée et mise en œuvre avec détermination depuis 10 ans maintenant ? Ma conviction est qu’il n’en est pas question. Les faits montreront hélas dans les mois à venir que cette opinion ne sera pas démentie.

G. Sali - Président du groupe PS & Partenaires - Article publié le 9 Juillet 2010