J’ai trouvé cet article sur le site du Monde et je voulais le partager avec vous. Cet article a le mérite de soulever de vrais questions sur les solutions que l’on peut proposer aux personnes droguées dans notre société pour, non pas les pousser à la consommation, mais tenter de les réintégrer dans un parcours de soins et renouer le dialogue.
Lilia
Toxicomanie : le gouvernement hostile à la création de centres d'injection
Leurs détracteurs les nomment "piqueries", "drogatorium" ou "salles de shoots". L'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) préfère le terme de "centres d'injection supervisés". Il s'agit de structures où les toxicomanes peuvent venir consommer des drogues de façon sûre et hygiénique, sous la supervision de personnes qualifiées, susceptibles de rétablir un lien avec des populations désocialisées.
Selon un rapport de l'Inserm intitulé "La réduction des risques chez les usagers de drogues", publié le 2 juillet, ces lieux ont "fait leurs preuves sur la réduction de la morbidité et de la mortalité associées aux overdoses".
Améliorer l'hygiène et la socialisation. L'étude, commandée par la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, analyse l'expérience menée dans les huit pays où les centres d'injection ont déjà vu le jour (Allemagne, Australie, Canada, Espagne, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas et Suisse). Le rapport souligne que ces lieux sont capables d'attirer vers eux tous types de toxicomanes, dont des usagers particulièrement vulnérables et cumulant les risques.
Dans ces lieux d'encadrement, des personnes désocialisées peuvent rétablir un contact en vue d'une prise en charge. Ces centres ont également fait "la preuve de leur capacité à assurer un fonctionnement stable, garantissant de bonnes conditions d'hygiène et de sécurité pour les usagers et le personnel", affirme le rapport. Ils sont à l'origine d'une baisse des morts liées à la consommation de drogues et également de la diminution des abcès et autres maladies liées à l'injection ainsi que des comportements à risque de transmission du VIH.
Enfin, "il n'existe pas de preuve que la présence de centres d'injection supervisés augmente ou diminue la consommation de drogues chez les usagers ou dans la communauté ou bien qu'elle augmente les rechutes chez les usagers de drogues en traitement", précise l'Inserm.
Le gouvernement refuse de tenter l'expérience. Interrogé par Le Monde.fr sur ces conclusions de l'Inserm, Jean-Marie Le Guen, député socialiste de Paris et médecin, se réjouit "d'un consensus scientifique" concernant les centres d'injection. "Le gouvernement va devoir infléchir sa position et adopter une vraie politique de santé publique contre le problème de la toxicomanie", assure-t-il.
L'enthousiasme du médecin semble toutefois modérément partagé par Mme Bachelot. La ministre s'est montrée prudente quant à l'ouverture expérimentale de centres de consommation, en engageant une simple "concertation avec tous les partenaires concernés, notamment les collectivités locales".
Le gouvernement demeure "fermement opposé" à la création de centres de consommation, tranche pour sa part Etienne Apaire, président de la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt). "Rendre l'usage acceptable par la communauté, c'est faire le choix de l'abandon et de l'esclavagisme à le dépendance", assure-t-il.
"Les Français sont hostiles à ce type de centre". "Le rapport de l'Inserm se base sur des expériences réalisées dans des pays où la situation est très différente en termes d'usage ; il est très difficile d'en tirer des conclusions adaptables en France, poursuit le président de la Mildt. Notre politique consiste à éviter la consommation de drogues grâce à une politique de prévention et d'aboutir à un sevrage pour ceux qui ont franchi le pas. En aucun cas nous ne faciliterons la consommation des toxicomanes. Ensuite, les Français sont hostiles à la création de ce type de centre dans leur environnement [selon une étude de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies publiée fin juin, 73 % y sont opposés], et enfin la question du coût de la mise en œuvre n'est pas abordée dans le rapport, c'est regrettable", estime Etienne Apaire.
L'Inserm souligne, pour sa part, la faiblesse de la politique gouvernementale : "A ce jour, les recherches dans le domaine des addictions et de la réduction des risques effectuées en France sont éclatées, non coordonnées et manquent de financement dédié. La France ne dispose pas, à l'instar d'autres pays (Royaume-Uni, Australie, Etats-Unis…), d'une institution en mesure de susciter, initier, coordonner et financer des projets de recherche dans ce domaine", rappelle l'institut.
Eric Nunès - Article publié le 21 juillet 2010 - Source
Commentaires
Aux Pays-bas cela se fait depuis plus de 20 ans et les hollandais ne s'en plaignent pas.
Citoyen93Je pense que c'est mieux pour des raisons d'ordre sanitaire et pour la tranquilité publique à condition qu'il y ait un encadrement médical, social et psychologique.
On sait que les toxicomanes s'injectent la drogue dans des conditions d'hygiènes déplorables et génère séropositivité et hépatite.
Mettre en place ce type de centre me semble être une avancée positive à condition que l'encadrement soit à la hauteur de l'enjeu.
moi aussi je pense que ces structures doivent exister en France.Il est clair qu'une équipe d'encadrement doit être présente pour soutenir ces personnes. Je suis sûre que cette expérience ne pourrait qu'être positive pour tout le monde,usagers,environnement social.
goldoÇa mérite une expérimentation sur un site pilote et de mesurer les limites et bénéfices.
SamMais j'ai le sentiment que certains ménagent leur électorat...
Le problème en fait, c'est que si le gouvernement accepte de mettre en place ce genre de structure ça peut donner l'image d'un gouvernement vaincu ou qui accepte un comportement interdit par la loi. Mais il faut être réaliste, toutes les campagnes de prévention restent impuissantes à faire diminuer la consommation de drogue en France, elle est même en hausse ces dernières années. Alors plutôt que de continuer à nier cette réalité il serait peut être temps de prendre le problème à bras le corps et de tenter ce que la plupart de nos voisins européens ont mis en place depuis des années. Je crains malheureusement que sur ce sujet, comme beaucoup d'autres, la France reste engluée dans son conservatisme et sa frilosité.
LiliaPour ceux qui souhaiteraient approfondir la question des salles de consommation, voici le lien vers un collectif associatif très engagé sur le terrain. On peut aussi y écouter les positions des leaders politiques d'Ile de France au moment des régionales, on y trouve également énormément de sources bibliographiques.
Annehttp://www.salledeconsommation.fr