Le JSD – « Le SOS des enseignants »

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20 réponses

  1. édith dit :

    Je viens de trouver ça sur Rue 89, sur le même sujet, un témoignage de prof : http://www.rue89.com/2011/01/27/tes

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  2. suger dit :

    Si quelqu’un dispose du texte complet du tract rédigé et distribué par le SNUIPP de Saint-Denis, pourrait-il le publier. Le JSD n’en cite que des passages et il est introuvable sur le site de cette section syndicale. Merci.

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  3. thierryb dit :

    Comme enseignant, conseiller pédagogique et formateur de Lettres à Paris XIII, à Saint-Denis depuis 25 ans par une sorte de militantisme de l’éducation – j’ai aussi appartenu à des groupes de réflexion, suivi des séminaires de recherche sur ce sujet (Cahiers pédagogiques et INRP, pour ceux qui connaissent), je ne peux qu’ être extrêmement inquiet de nos conditions d’enseignement, d’abord parce que les élèves qui ont le plus besoin de professeurs exigeants dans leur discipline et formés sont ceux qui souffrent le plus de la situation.
    Avec d’autres, j’avais ici alerté assez tôt (déjà en 2009) sur le danger de l’abandon pour des raisons purement comptables de la formation en alternance des professeurs après concours, alors qu’il fallait l’améliorer. un seul mot pour désigner ce qui se passe, malgré les efforts des formateurs pour conserver un projet décent avec moins d’heures à délivrer: une régression. Comme membre de jury je ne peux que constater la désertion des concours du secondaire. Comme enseignant en seconde, à plein temps, je ne peux que constater (et lutter contre, c’est notre boulot) les ravages que produit sur les consciences la misère matérielle de la plupart de nos élèves.
    En ce qui concerne la ghettoïsation (comment l’appeler autrement!) des établissements, je me souviens avec une certaine nostalgie du combat mené il y a une douzaine d’années pour que notre département ne sombre pas dans cette situation. Nous avions mené une grève, une réflexion et des propositions, presque seuls au début (à l’époque les collègues des autres académies ne prenaient pas encore conscience de l’urgence qui était la nôtre) et nous avions obtenu des améliorations.
    Aujourd’hui, « qui vous savez » se vante devant les riches qui le soutiennent qu’il n’y ait personne dans les rues ce samedi et il fanfaronne. (voir article du Monde d’hier: »L’autosatisfecit (…) devant le « premier cercle » de ses donateurs).
    Pour dire à quel point la prise de conscience se fait, y compris parmi les journalistes qui ont longtemps relayé le discours dominant (sauf LucBronner, du Monde), on peut lire le petit dossier de La Toile de l’éducation (Le Monde abonnés je crois):
    « Une éducation au désespoir »

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  4. citoyen93 dit :

    Ce qui se passe est très grave et nous avons une classe politique qui a choisi d’inscrire l’éducation dans une logique comptable ce qui est une totale aberration.
    Pour info les recteurs académiques se verront attribués une prime de 15000 à 22000 euros s’ils parviennent à supprimer le plus de postes possibles ou mieux encore s’ils parviennent à fermer plusieurs établissements par académie.
    Des français ont commis la lamentable erreur de voter pour Nicolas Sarkosy et nous avons aujourd’hui les conséquences de cette politique.

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  5. suger dit :

    Je crains hélas que l’actuel gouvernement ne soit pas le seul responsable de la déconfiture de l’Education Nationale. Il faut savoir que le pourcentage de bacheliers généraux dans une génération a diminué ces dernières années, malgré toutes les consignes de laxisme dans le passage d’une année à l’autre en collège et lycée, et, pire, malgré les pressions pour modifier les notes à la hausse lors de l’examen lui-même.
    Il faut savoir que les échecs en premier cycle des Université sont massifs (un étudiant sur deux environ abandonne ou tente sa chance dans une autre filière), ce qui explique la fuite des meilleurs bacheliers vers les filières sélectives, comme les IUT ou les classes prépas. Il faut savoir – et c’est le plus grave – que 150 000 jeunes quittent le système scolaire chaque année sans aucun diplôme ni qualification et sont donc condamnés au chômage et aux emplois précaires à vie !
    Cela fait plus de vingt ans que cela dure et s’aggrave sous tous les gouvernements. Le système éducatif a été soumis à des réformes successives qui l’enfoncent un peu plus à chaque fois, et l’actuel gouvernement va porter l’estocade finale.

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  6. thierryb dit :

     » 150 000 jeunes quittent le système scolaire chaque année sans aucun diplôme ni qualification et sont donc condamnés au chômage et aux emplois précaires à vie ! » Certes, et j’en vois dans les classes de CAP par exemple dans les lycées pro: ce sont pour la plupart des élèves qui, malgré une prise en charge multiple: classes -relais, aide individuelle- n’arrivent pas à se scolariser: ils ne savent pas lire, ni écrire, ont un déséquilibre comportemental qui les empêche de se concentrer. Les plus en difficultés ne sont d’ailleurs pas forcément ceux qui viennent de l’étranger car ceux-là, immigrés récents, ont souvent une farouche envie de s’en sortir.

    Nous en avons devant nous chaque année avec qui on dialogue, on adapte, on essaie de rattraper des lacunes considérables (ignorance du calcul, de la conjugaison, incapacité à apprendre une légende, à identifier un verbe dans une consigne..etc) Les seuls qui sont sauvés le sont par une embauche après un stage en entreprise lorsqu’ils ont des compétences d’ouvrier (mais en chaudronnerie par exemple, les mathématiques restent indispensables, ce ne sont pas des métiers au rabais). L’école ne formait pas, il y a encore vingt ans, ces cas -là au niveau CAP, ils trouvaient des emplois peu qualifiés. Qui n’existent plus.Précarité générale : Les prolétaires deviennent légion alors même que la classe ouvrière et sa culture disparaissent.

    Pour ceux qui échouent à l’université: j’ai eu à distribuer à des étudiants de première année une bibliographie fondamentale de quarante ouvrages à lire en deux ans (il y a vingt-cinq ans, en prépa, c’était 100!): roman, théorie critique, un peu de philosophie. Que n’avais-je fait! Quelle illusion de croire qu’ils allaient lire! Certains riaient de ma présomption, de ma quasi-folie (M’sieur (sic), nous dites pas qu’il y a des gens qui lisent tout ça!). On me suggéra que des synthèses par moi écrites suffiraient: comment s’étonner que la plupart redoublent).
    Ceux qu’on retrouve en préparation de concours, après la licence, c’est déjà mieux.

    J’ai récemment assisté au niveau rectoral à un beau discours sur la nécessité d’une classe d’âge désormais au niveau licence, indispensable pour la réussite économique du pays. Le réel rattrape toujours les mensonges, fussent-ils pieux.

    Je ne sais pas si le redoublement est une solution, mais l’écart entre les exigences d’une formation de haut niveau et les illusions que se font les parents à force de voir leurs enfants passer d’une classe à l’autre sans effort véritable, le culte de la marchandise au lieu de celui du savoir, la disparition d’une syntaxe liée à une vraie maîtrise de la langue posent une vraie question: pourquoi l’école a-t-elle peur de revendiquer la transmission, pourquoi les professeurs qui assistent à ce naufrage ne réagissent plus à la condescendance de ceux qui n’y connaissent rien? A mon avis le règne du tout économique est passé par là, avec le mépris d’une culture pour le peuple (la télé est avilissante, de plus en plus) qui créait des vocations. la démocratisation de l’école n’a pas eu lieu et ce sont les classes populaires qui en font les frais, même si bien des jeunes d’ici, placés dans de bonnes conditions (familiales aussi, c’est malheureusement discriminant) réussissent bien. Si ce gouvernement n’a pas toutes les responsabilités, il en a de sérieuses dans la dégradation morale et matérielle de l’école.

    Pardon d’avoir été long; comme plusieurs ici à ce propos, l’école est plus qu’un métier, elle structure notre relation à la collectivité (pour ne pas dire à la cité, à la politique), elle est une colonne vertébrale et voir cet instrument au service de tous tant abîmé n’est pas aisément supportable.

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  7. citoyen93 dit :

    @thierryb,
    Ce constat est pertinent et effectivement fait écho à un vécu professionnel personnel.
    Certe l’état est défaillant, on est d’accord sur ce sujet mais le non engagement et l’absence de projection des parents concernant leur enfant contribue également à dégrader la relation de l’enfant avec l’enseignement.
    Il y a aussi la problématique de certains quartiers et l’absence de mixité sociale, ou des populations entières sont enfermées dans un repli communautaire et sociale avec une absence d’ouverture sur l’autre, à d’autres horizons.

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  8. habitant dit :

    @ Thierryb, on n’est jamais trop long lorsqu’on pointe les défaillances du système scolaire qui connaît de sérieuses pannes et des paradoxes ahurissants.
    Thierryb a dit
    « Avec d’autres, j’avais ici alerté assez tôt (déjà en 2009) sur le danger de l’abandon pour des raisons purement comptables de la formation en alternance des professeurs après concours, alors qu’il fallait l’améliorer. « 

    Oui, fini la formation en alternance.
    Comment le ministère peut prôner la mastérisation du métier d’enseignant (bac+5) sans post- (poste parfois) formation alors que des académies passent des annonces dans les facs pour recruter du bac+3 jeune et corvéable pour faire des vacations?
    La réforme a été mal pensée et par la même occasion mal « pansée » et quelle est la part consultée des enseignants, syndicats enseignants (qu’on entend malheureusement peu) dans celle-ci?
    J’ai entendu parler d’un nouveau dispositif qui s’appelle « CLAIR » pour remplacer l’appellation « RAR » après « ZEP-RAR » pour la rentrée prochaine. Est-ce un gadjet de plus, un cache-misère ou y a t-il un peu plus de nouveau?

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  9. SYLVIE dit :

    Il faut se rendre à l’évidence, les Ministres de l’Education Nationale depuis 1980, sont les croque-morts de notre système ! la logique de l’élitisme que l’on croyait abandonnée à force d’écouter s’écouter certains professeurs qui se gargarisent de « mai 68 », est plus que jamais présente et je dirais même plus s’est renforcée depuis 25 ou 30 ans ! La société et soutient les écoles à fort taux de réussite et oublient les autres ! certains professeurs , cpe et autres contribuent largement aux résultats déficitaires de nos collégiens, lycéens ! dès qu’une manifestation se prépare, le personnel enseignant et encadrant, poussent les élèves à sortir dans la rue pour « GLANDER » et gagner un jour de plus à l’approche des vacances : A Lire urgent : LE PACTE IMMORAL de Sophie Coignard aux éditions Albin Michel !

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  10. thierryb dit :

    « dès qu’une manifestation se prépare, le personnel enseignant et encadrant, poussent les élèves à sortir dans la rue pour « GLANDER » et gagner un jour de plus à l’approche des vacances »
    Lire ce genre d’inepties me donne envie de …
    Soignez vos RTT, la réussite sociale de ceux qui ont déjà réussi et ne vous occupez pas d’éducation!
    Pour contrebalancer ces )âneries généralisatrices:

    J’ ai beaucoup aimé ce texte, bien que N.Polony ne soit pas dans mes analystes préférés de l’école. Cette fois elle met le doigt où ça fait mal, en rappelant la règle dont on s’est éloigné, non à cause de la pédagogie (bien nécessaire quand les élèves sont faibles) ou de mai 68 (les 2/3 des professeurs n’étaient pas nés en 68), ni des caricatures à la S.Coignard, qui se repaît de cas particuliers additionnés pour faire scandale:

    Voeux à une mourante: l’école républicaine
    Par Natacha Polony le 18 janvier 2011 16h17 | 96 Commentaires
    La période des vœux se termine, mais les stakhanovistes prononceurs de bénédictions annuelles ont oublié dans leurs lyriques évocations une vieille dame bien mal en point, et dont ils jugent sans doute l’état trop désespéré pour relever des belles sentences de début d’année. Qu’on nous permette donc de présenter nos vœux à cette école républicaine qui n’intéresse plus grand monde. Et certes, il y eut bien les vœux de ministre de l’Education nationale, mais qu’ont-ils à voir avec le devenir de la vieille dame centenaire ? Elle ressemble à ces ancêtres remisés au fond d’un mouroir, et que la famille va voir de temps en temps pour soigner sa culpabilité.
    Pourtant, on vous le serinera à l’envi, prétendre défendre l’école républicaine n’a pas de sens, puisque, bien évidemment, nous la défendons tous, et que plus largement, « nous sommes tous républicains. » Ceux qui énoncent cela sont en général partisans du suffrage universel quand le peuple vote ce qu’on attend qu’il vote, partisans de la souveraineté nationale quand la nation choisit souverainement de se soumettre à l’ordre international dominant. Ils ne parlent que rarement de la république, lui préférant une démocratie synonyme pour eux d’extension infinie des droits individuels, et qualifient souvent ceux qui se réfèrent à ladite république de « nationaux-républicains », « laïcistes » et autres noms d’oiseau. Car tout ce qui ressemble de près ou de loin à des valeurs partagées qui puissent fixer un horizon commun leur semble une atteinte insupportable à cette « diversité » qu’ils ne conçoivent qu’opposée à l’unité, et venant la détruire.
    Il y a une infinité de nuances dans la façon de concevoir la République. Et le monopole n’en est pas aux Jacobins, tant il est vrai que le 14 juillet 1790, avant que les Girondins ne perdent la bataille des idées – et accessoirement leur tête – fut la Fête des Fédérations. Mais il n’est pas de républicain qui ne croie à la res publica, à la chose commune, comme appartenant à tous les citoyens ; ce qui induit l’idée que chacun agit et choisit en fonction du bien commun. Il n’est pas de républicain qui ne croie à la nécessité des vertus républicaines pour mener l’action politique et partager l’espace social, vertus qui ne se résument pas à la jouissance de droits mais correspondent à un idéal de vie selon des valeurs rigoureuses. Car en tout républicain sommeille un Caton, autant qu’un Périclès : la sobriété des vertus romaines le dispute au strict respect de la séparation entre espace public et espace privé comme garantie de la liberté individuelle et de l’égalité des citoyens entre eux.
    Toutes choses que détestent les habituels contempteurs d’un « universel abstrait » dont ils imaginent qu’il écrase les identités, quand il entend les rendre conciliables entre elles. Toutes chose, également, que les « décomplexés » de tous ordre se gardent de perpétuer dans leur pratique du pouvoir ou l’organisation économique et sociale qu’ils laissent fleurir au nom des impératifs de la mondialisation.
    Et l’on conviendra, bien sûr, que certains républicains ont un peu tendance à oublier qu’être né quelque part, ce n’est pas seulement être né dans cette République une et indivisible, mais c’est être né dans tel lieu, bercé de telle lumière, et parfois de telle langue qui n’est pas le Français. On conviendra que la « France des petites patries » faisait aimer la France plus sûrement que l’impératif obsessionnel d’uniformisation, qui tient plus de Colbert que de la République. Et que l’amour que le peuple français portait à sa République s’est toujours accommodé du sentiment d’identités imbriquées et multiples, et de modes de vie spécifiques liés à des territoires et des histoires, loin du fantasme d’une France éternelle.
    Mais cette définition de la République comme exigence et comme partage de valeurs – qu’on les appelle respect des lois, civisme, sens du devoir ou de la dignité – prouve combien nous ne sommes pas tous républicains, et que ce mot a bien encore un sens, à défaut d’avoir une réalité dans les pratiques contemporaines. Et si la République peut encore être définie, l’école républicaine le peut aussi, elle qui constitue le pilier sur lequel se fonde le fragile édifice, elle qui en est la condition même.
    Car l’école ne sert pas seulement à développer les capacités individuelles de chacun, pour qu’il s’intègre au monde professionnel et mène une vie sociale épanouie. Elle ne sert pas seulement à maintenir un pays dans la compétition internationale. Et c’est pourtant ce à quoi la réduit tout le discours dominant à droite, pour qui l’école française doit s’adapter à des critères internationaux faits de développement des compétences, dans le plus pur langage managerial, et d’abandon total de contenus jugés inutiles en considération du bouleversement perpétuel des technologies.
    Et le plus surprenant est sans doute que ce ralliement unanime à la vulgate internationale – bien peu soucieuse d’une quelconque spécificité nationale en matière scolaire – se soit opéré si rapidement après la supposée victoire de ceux qu’on appelle traditionnellement, dans la querelle scolaire, les « républicains », à qui les discours d’Henri Guaino et les premières décisions du ministère Darcos semblaient donner des ailes. Passons sur les innombrables querelles internes et excommunications diverses qui occupent davantage certains d’entre eux que la défense et illustration de l’école républicaine. Mais il s’est opéré en l’espace de trois ans un renversement majeur des rapports de force, pour le plus grand plaisir de tous ceux que l’idée même de savoir et de transmission horripile, et qui ont repris, sous l’air libéral et utilistariste qui souffle aujourd’hui sur l’école, une vigueur toute juvénile.
    Ces grands maîtres ès pédagogie, que les Français avaient voulu congédier, voient désormais leurs idées triompher. N’était l’attaque contre les postes et le statut des fonctionnaires, ils seraient aux anges. Car les « projets pédagogiques » et autres actions « transdisciplinaires » s’accommodent parfaitement du modernisme managerial fait de « soutien personnalisé » et d’« orientation active ». Tant qu’on ne risque pas d’y entendre parler de grammaire ou d’histoire littéraire…
    Or l’école – entendons l’école républicaine, telle que la conçoit la tradition française, à laquelle la populaiton de ce pays semble pourtant fort attachée – ne ressemble pas non plus à l’idée que s’en font les contempteurs de l’affreux « élitisme » français. Car l’école ne sert pas seulement à effacer les ingalités sociales. Voire même, quand elle s’assigne ce but, elle s’en éloigne justement à une vitesse vertigineuse, comme le prouve l’évolution du système français.
    Et si l’école républicaine est évidemment publique et gratuite, elle n’est pas que cela. Elle est aussi laïque. Ce qui ne se résume pas à une règle vidée de sens s’imposant pour d’hypothétiques raisons un peu archaïques aux seuls personnels et élèves (et même, cela leur semble abusif) en ce qui concerne le vêtement. Le principe de laïcité est au fondement de la République, et donc de l’école, en ce qu’il est la condition de la participation de tous à la chose publique, et au destin commun de la nation. Il se distingue de la simple tolérance religieuse, qui organise la coexistence des religions dans l’espace public, conception anglo-saxonne de la vie sociale, en ce qu’il crée un espace neutre où nous sommes des individus, non pas abstraits et sans attache, mais libre de jouer avec ces attache et de n’être pas conforme à ce que nous sommes censés être. Cet espace neutre, dans la classe, est la condition sine qua non de la transmission des savoirs, qui caractérise l’école républicaine.
    Car l’école, en France, s’est construite comme le lieu où se prépare la vie démocratique, à travers l’émancipation des individus, c’est-à-dire le développement de leur libre arbitre par la confrontation à un haut degré de connaissances et de pensée. D’où l’erreur de tous ceux, à droite comme à gauche, modernistes dans l’air du temps ou pédagogues du camp du Bien, qui croient que les structures, l’autonomie des établissements ou le travail en équipe, suffiront à sauver l’école française du désastre. La mue de cette école pour la fondre dans les standards internationaux ne fera qu’accentuer la différence entre nos sociétés hédonistes et festives et l’appétit de performance des sociétés émergentes, Asie en tête.
    Dans cette concurrence exacerbée, la différence française était de porter une certaine idée du savoir et de la liberté. Elle était de croire qu’il est utile à tout individu, quel que soit sont devenir professionnel, de savoir qui furent Clovis ou Charles VII. Et ce n’est pas parce que cet enseignement fut souvent fait avec toute la rigidité dont peuvent faire preuve certains professeurs imprégnés d’un roman national mal compris, et oubliant que Clovis ou Charlemagne n’étaient pas français, ou que l’écrasement de la civilisation occitane ou la chasse aux Huguenots furent deux tragédies qui démontrent la complexité de l’histoire de ce coin du monde qui devint peu à peu la France, ce n’est pas pour cela qu’il faut considérer comme nécessaire le remplacement de ces connaissances par de vagues notions d’histoire mondiale et de géographie du développement durable.
    L’école française, en cette année 2011, est en voie de normalisation. Elle n’est plus ce creuset d’une société soudée par des valeurs communes. Elle n’est plus que le cadavre d’un système rendu inopérant, mais dont la mue vers une unité de production de travailleurs efficaces n’est qu’à peine engagée, et a peu de chances de réussir au milieu des tensions sociales et des inégalités de condition, d’investissement familial, ou d’horizon qui participent à l’éclatement de la communauté nationale. Les pays qui s’en sortent, que leur conception de l’école soit purement utilitaire ou non, sont ceux dont l’ensemble des citoyens adhère au projet de cette école.
    En France, ceux qui veulent sauver leur conception de l’école républicaine se replient dans des réserves, ou quittent le navire de l’école publique. Mais les tenants du chèque éducation, quand ils croient pouvoir développer ainsi des écoles où prévaudra leur conception de la transmission des savoirs, des valeurs et de la mémoire, oublient qu’un éclatement du système validerait également toutes les autres conceptions, et casserait définitivement la capacité des citoyens à cohabiter, en leur offrant, dès l’enfance, des valeurs inconciliables et des visions du monde radicalement éloignées, en plus d’inégalités gigantesques dans l’accès au savoir.
    Pour autant, nul ne saurait se contenter du système tel qu’il est, car il est cauchemardesque. Et ne peuvent que s’amplifier la violence, la frustration, la démobilisation et les anathèmes des uns contre les autres, des parents contre les professeurs, des professeurs contre l’administration, des pédagogues contre les républicains, des républicains contre les autres républicains… Mais une refondation passe sans doute par la revivification du débat qui avait tenté de surgir en 2007, et par une mobilisation de l’ensemble des citoyens contre un modèle d’enseignement dont ils ne veulent visiblement pas. Qu’ils aient été déçus, ou que ces préoccupations aient été supplantées par d’autres, plus immédiates, ne doit pas faire oublier que la question scolaire est une question démocratique, et que le modèle d’école que prônent les candidats à l’élection présidentielle révèlent largement leur conception de la République ou de sa disparition), de la dignité humaine, et de la liberté.

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  11. noelle23 dit :

    merci beaucoup pour la richesse des textes proposés..
    en effet, l’école se porte très mal et ce n’est malheureusement par la faute de quelques enseignants qui ‘poussent les élèves à ne pas travailler et à faire des manifs..’ : si c’était cela, ce serait bien simple !! que de caricature stérile !!
    la majorité des enseignants se battent dans un système qui écrase les élèves autant qu’eux !!
    il n’ y a qu’à voir les dotations horaires catastrophiques qui tombent dans les établissements en ce moment !! nous devons être des VRP de notre matière afin d’avoir des conditions de travail privilégiées à la place de l’autre collègue d’en face !! avec la réforme du lycée, une partie des horaires ne sont plus nationaux et la répartition de ces horaires se fait différemment dans chaque lycée…travail en classe entière ou en 1/2 groupe…bref, c’est la foire d’empoigne à celui qui se fera le plus entendre…cette énergie là, nous devrions la mettre à aider nos élèves…que de bâtons dans les roues on met aux enseignants !! pauvre éducation nationale !! j’ai bien eu de la chance de faire mes études il y a 20 ans…

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  12. goldo dit :

    Et oui l’école va très mal mais malheureusement il n’ya pas que l’éducation qui se porte mal,allez voir ce qui se passe dans la santé .je ne peux parler que de ce que je connais car je pense que d’autres secteurs publics sont aussi concernés.
    Essayez de ne pas être malade et de bien vieillir car je peux vous assurer que ce qui se passe dans les hôpitaux aujourd’hui est loin de donner envie de s’y faire soigner.
    1 infirmier et une aide soignante pour trois services la nuit,des quarts de 12h quelquefois qui doublent car le collègue ne vient pas.Pas de médecins et de soignants tous confondus en nombre.Les soignants ne deviennent plus que des techniciens qui doivent être efficaces au rendement des actes sans se soucier de ce qu’attend un patient: du réconfort et de la relation humaine. Moi aussi heureusement que j’ai fais mes études dans les annéees 70. Goldo

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  13. citoyen93 dit :

    Pour faire échos à tous les commentaires précédents, je dirai qu’on est dans une société ou la notion de rentabilité a pris une importance démesurée.
    L’éducation et la santé en est un parfait exemple.
    S’il n’y a pas une prise de conscience rapide des citoyens de ce pays aux prochaines échéances électorales on va à la catastrophe.
    On a des politiciens qui sont en train de foutre en l’air tous les acquis ou le peu qui reste qui ont été conquis après guerre (voir le livre de Stéphane Hessel, « Indignez vous »).
    C’est très grave et je suis étonné du comportement des français qui visiblement sont assez passifs.

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  14. thierryb dit :

    @citoyen 93: entièrement d’accord.
    Je me souviens de cours et de livres de Gilles Deleuze (« Pourparlers », 1991, par ex.) qui annonçaient le danger d’une société de « contrôle », où la technique envahirait les moyens de mettre l’individu sous influence et dans les filets virtuels d’une sorte de police de la pensée.
    On a de surcroît effectivement l’impression qu’un puissant anesthésiant est venu se répandre sur les consciences (télé avilissante depuis 20 ans, trop d’écrans par jour (4h!! par adulte), novlangue des politiques qui font l’inverse de ce qu’ils disent depuis Raffarin, etc ? ) et rendre comme inévitable ce qui est du domaine de la décision collective pourtant. Ainsi en ce moment les JT se gargarisent du caractère « inéluctable » des hausses des matières premières alimentaires (et la spéculation, on ne l’interroge pas?)
    D’autre part, la domination exclusive de la technique au service de l’économique formate les consciences- ce que Bernard Stiegler dans « Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue », Bibliothèque des savoirs; Flammarion 2010, appelle la « bêtise systémique »- et nous fait oublier notre intérêt collectif.
    Allez, ne nous laissons pas abattre: il y a des lieux de résistance (des associations, des choses personnelles…).

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  15. SYLVIE dit :

    Je n’est pas écrit que les professeurs avaient « fait » mai 68, mais se gargarisaient, je voulais dire que c’était leur référentiel ; de plus « des cas particuliers additionnés », cela fait du nombre !! n’est ce pas ?alors montez si vous voulez sur vos ergots de professeur, mais la réalité est là !
    et bien là ! l’inculture et la désinvolture ont remplacées la connaissance et la responsabilité

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  16. citoyen93 dit :

    @thierryb
    Pour prolonger ton commentaire je rajouterai qu’un des lieux de résistance et aussi de proposition est le syndicat. On est un pays ou finalement on est très peu syndiqué et cela est évidemment dommageable dans une société.

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  17. thierryb dit :

    « un des lieux de résistance et aussi de proposition est le syndicat. »
    Oui, oui!
    Mais eux aussi pâtissent du discours qui les met en cause ( soi-disant immobilisme, défense d’intérêts qui seraient catégoriels, « privilégiés », trop révolutionnaires (pour la cgt),… etc). Pourtant, les pays qui conservent des syndicats puissants ont souvent un système social en meilleur état que le notre.

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  18. Thierryb dit :

    @ Sylvie
    Je ne souhaite pas polémiquer-Ca ennuie tout le monde. Juste vous dire que cette histoire de mai 68 ( très connotée politiquement depuis qu’on en fait une obsession du coté de Neuilly) est un pur fantasme: les enseignants que je fréquente ont plus le souci de faire travailler et d’intéresser des jeunes obsédés par la consommation- au passage mai 68 a été un moment de contestation de cette consommation- et chez qui la littérature, la science ou l’art n’ont plus d’écho quand ils nous arrivent (ici c’est à cause de la misère, ailleurs de l’obsession de l’argent). La très grande majorité d’entre ces professeurs est plutôt de réveiller le goût du savoir et le plaisir qui en découle que d’embrigader des gosses qui n’ont pas grande culture politique.
    Sinon, je n’aipas besoin  » monter sur mes ergots »…mon pedigree m’en dispense: le milieu social dont je viens aussi. Mais admettez qu’il est légitime de trouver fatigant qu’à longueur de temps on soit dénigré pour ce qu’on ne fait pas et ignorés pour le travail qu’on réalise par des gens qui n’ont pas vus d’élèves réels depuis les calendes grecques. Salutations.

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  19. suger dit :

    Les syndicats jouent un rôle essentiel dans une démocratie car ils sont des contre-pouvoirs au pouvoir des employeurs. Mais encore faut-il qu’ils jouent vraiment ce rôle ! Pour les syndicats enseignants, un doute existe, surtout pour le syndicat très majoritaire qu’est aujourd’hui la FSU proche des communistes (et, hier, pour la FEN proche des socialistes avec une forte minorité communiste). Les combats politiques (parfois même politiciens entre partis de gauche) l’ont emporté sur le combat syndical.
    Le bilan de ces trente dernières années est accablant. Si l’on compare la situation des enseignants en Europe, les enseignants français sont, avec les anglais, parmi les plus mal traités en termes de salaires, de conditions de travail et de considération.
    D’autre part, ces syndicats ont toujours eu une attitude ambiguë, sinon complice, avec les « pédagogues » destructeurs de l’Ecole républicaine, cette Ecole qui mettait au centre la transmission des savoirs pour le plus grand nombre. Le résultat en est l’impossibilité d’enseigner réellement dans de nombreux établissements (et pas seulement en Seine-Saint-Denis…).
    Les jeunes étudiants en ont tiré les leçons puisqu’on voit aujourd’hui un effondrement des candidatures au concours de recrutement. L’enseignement reste une vocation, mais elle est irréalisable dans le système scolaire tel qu’il est devenu. Et ces jeunes l’ont bien compris.

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  20. Thierryb dit :

    @suger
    Votre sortie sur les « pédagogues » m’étonne un peu: ce discours qui disqualifie ceux qui avant tout se sont préoccupés de construire des méthodes d’accès au savoir pour les élèves les plus en difficulté, fait comme si le savoir se transmettait sans être reconstruit, ce qui me semble peu probable dans le secondaire. Sauf à être en connivence culturelle et intellectuelle avec leur enseignant, la plupart des élèves ont besoin qu’on mette en perspective leur objet d’étude et les plus faibles même qu’on utilise des méthodes plus inductives. Si cela c’est du « pédagogisme »( dixit Darcos dans une formule infâme), alors nous le sommes tous. Quand au rôle des syndicats sur ce point je suis assez d’accord. Vaste programme! Et on n’est pas sur les forums du Monde…

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