Lemonde – Radiographie en six points et sans tabous du le « 9-3″…

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12 réponses

  1. citoyen93 dit :

    Merci Samira pour cet éclairage sur notre cher département.

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  2. thierryb dit :

    Voilà des années de langue de bois balayées par un travail de journaliste !

    Depuis des années que je lis Le Monde tous les jours, c’est la première fois que des informations aussi claires sont données, collant avec l’expérience de terrain (je me déplace dans toute l’académie de Créteil pour mon travail). L’écart entre la Seine Saint Denis et les autres départements est violent, quand il se compte en tranquillité d’esprit pour mettre ses enfants au collège, diversité des commerces, possibilité de discuter et de partager dans la rue, lieux de rencontre, relative sérénité donc de la vie quotidienne. Rentrer à Saint Denis, c’est comme revenir dans une ville « en guerre »: rien ne s’y respire comme ailleurs. Les regards des gens dans la rue ne sont pas les mêmes, la désorganisation et le manque de lien social se sentent.

    En fait, des politiques comme Bartolone qui appuient tout ce qui fera évoluer le département vers un équilibre sont sur la bonne voie, mais depuis 2000 environ, une sorte de vague de pauvreté et de précarité est passée sur notre ville, et je reste très sceptique sur la capacité à organiser la vie quand la société a explosé (300000 clandestins dans le département! Revenu fiscal en baisse! Trafics de drogue directement liés à la misère!) sans une solidarité nationale—mais qui veut encore donner pour un lieu perçu comme lieu de relégation sociale.

    Dans mon métier, auquel je crois, nous nous sommes battus depuis vingt ans pour que l’éducation et la culture (liées à une bonne formation professionnelle !) qui rendent citoyen et plus heureux de vivre soient partagées par les jeunes de cette zone. Après les succès et les progrès des années 90, on a maintenant l’impression que ce n’est plus du tout une priorité, alors que nous sauvons, littéralement, quantité de gamins chaque année. On essaie en haut lieu d’ « exfiltrer » les meilleurs (tant mieux pour eux) vers des écoles d’élite, et on diminue les moyens des autres, en augmentant le ghetto et ses effets ravageurs sur les mentalités : trafics, etc … Quand je visite des classes, combien pourtant de sourires et de désir de vivre sur ces visages de gamins qu’on laisse vivre ainsi alors qu’il y a urgence. Tout se tient, et je ne vois pas comment Saint-Denis s’en sortira isolément.

    De plus, une politique de la ville privilégiant une solide mixité sociale, disons les mots: si on continue de considérer comme un tabou la présence d’une classe moyenne implantée, qui ne fuit plus (c’est pas gagné!), qui met ses enfants dans les lycées locaux (qui ont de bons résultats au vu de leur recrutement, contrairement à certains discours) et participe à la vie locale — comme les formidables actrices de ce blog (ça c’est pour être publié 😉 : alors rien de neuf ne se produira.

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  3. goldo dit :

    C’est vrai que circuler à St Denis est très particulier.
    Lorsque je traverse la rue de la République, j’ai l’impression d’être dans un monde différent où tout le monde passe sans s’arrêter vraiment et surtout sans se rencontrer.

    En ce qui me concerne j’ai de plus en plus de mal à trouver du plaisir à me promener à Saint-Denis.

    Je travaille à Villiers-le-Bel quand je suis à la gare si je désire prendre un café je peux le faire : m’installer à une terrasse sans craindre quoi que ce soit. Alors qu’à St Denis, je suis toujours sur mes gardes. Pourquoi cette impression ?
    Je rappelle que Villiers-le-Bel est aussi une ville où existent beaucoup de souffrance et de misère (rappelez-vous des émeutes).

    Dommage que les classes moyennes ne trouvent plus leur compte à Saint-Denis qui aux yeux de beaucoup de gens a mauvaise image. Combien de personnes me disent « tu habites à St Denis, mais comment tu fais ? ». Je leur réponds « sans doute parce-que je suis maso ».

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  4. Chris dit :

    @goldo
    Moi, quand je parle de St Denis, j’explique qu’il y a la réputation médiatique (extrêmement mauvaise), et la vie réelle (de vrais atouts dans cette ville).

    Les gens fantasment énormément sur le « 9-3 », et j’explique souvent (comme l’ont déjà dit quelques commentateurs dans les divers blogs sur St Denis) qu’on ne se fait pas égorger à chaque coin de rue.

    Il y a des cités où je me sens bien plus en danger qu’ici.

    Cependant, rien qu’à expliquer comment je reste en permanence attentif et alerte dans la rue, un de mes collègues avait trouvé ça anormal. Pour moi c’est devenu une seconde nature, pour lui c’était intolérable (il vivait à Courbevoie).
    En même temps, il ne me viendrait pas à l’idée de m’arrêter rue Gabriel Péri ou de la République … pour y faire quoi d’ailleurs ? Ce sentiment de « rue hostile » ou « pas acceuillante » n’est pas très plaisant, c’est vrai.

    Je me souviens de la remarque d’un ami (du « 94 ») traversant le quartier de la gare en 2008: il n’avait jamais vu autant de « noirs » au même endroit (càd avec décodeur: la classe moyenne a déguerpi). Pour moi, cette remarque montre à quel point il y a ségrégation géographique, à quel point à l’inverse il y a des quartiers uniquement de « blancs »: et c’est ça ce qui me choque vraiment quand je vais dans certains quartiers à Paris. Sans-doute suis-je trop formaté par St Denis …

    Cette ségrégation, c’est exactement ce que dit l’article du Monde, en langage codé (politiquement correct).

    Ce que ne dit pas l’article du Monde, c’est ce qu’on entendait il y a 1 an ou 2, sur les aggressions dans ce quartier d’affaires, la nuit, l’hiver: les voleurs venant chercher le fric là où ils pensent qu’il se trouve (population de cadres).

    Pour résumer: fait-il bon vivre à St Denis ?
    Ma réponse: Faut voir.

    Ca dépend pour qui (capacité à tolérer le « bazar » de plus en plus violent) et de ce qu’on y fait. Mais si j’y reste, c’est que j’y crois encore. Ce bazar est je pense plus importé que d’origine locale, justement à cause des atouts de la ville ! Il peut donc un jour être « déplacé » (pas de chance pour les autres, mais on aura assez payé, à chacun son tour …).

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  5. mimile dit :

    19 h 45 heures ce soir. J’ai louvoyé entre les crachats frais pour aller du coin de la rue Fontaine à Franprix.
    20 heures, quatre malheureux poulets qui passaient par là se font copieusement huer. Même pas peur.
    Ils sont là. Pas agressifs. Mais ils sont là. Copieusement, consciencieusement méthodiquement bourrés. Dans leur monde. C’est pas le mien. Pas celui de la classe moyenne (à laquelle par ailleurs je ne suis pas particulièrement attaché mais c’est comme ça). Mais c’est moi l’intrus. Ils s’excusent quand je demande le passage. C’est insupportable ça !

    Ce soir ma copine qui habite en province mais qui bosse aujourd’hui à Paris rentre tard. Boulot-boulot. Hors de question de ne pas aller la chercher au presque dernier métro. Bras dessus bras dessous ses ongles vont me rentrer dans la peau.

    Alors ? Alors on a beau faire toutes les analyses du monde sur les atouts du 9 – 3 quand on rentre avec la trouille au ventre… Chris, la rue de la République est incontournable à Saint-Denis ou alors tu ne fais que passer ici ou alors tu ne fais que te taper les queues aux caisses de Carrefour avec les mômes qui braillent et les zivas (ça se dit encore ?) qui cherchent les embrouilles à la caisse ou au vigile.

    Oui cette ville à une âme, une vraie histoire,
    – j’ai pris les cars de la mairie pour aller aux manifs à Paris, j’ai remonté de long en large la rue de la Rép’,
    – on m’a interdit la rue de la Boulangerie dans les années 60 à cause de la guerre d’Algérie et que c’était là bas que les algériens avaient leurs habitudes,
    – j’ai été écouté dans les années 90 des groupes punks place de la résistance à la Ligne 13 en me souvenant que ce lieu avait été un orphelinat,
    – j’ai moqué les filles de la Légion d’honneur qui sortaient en uniformes,
    – j’ai même fait mes premiers pas au bord du canal.
    Mais j’ai toujours été chez moi. Il faut bien être de quelque part.

    Quand j’ai voulu commencer d’occuper l’appartement où je suis, j’ai demandé à la femme qui le quittait pourquoi elle le quittait. Elle m’ a répondu qu’elle était lassée d’être minoritaire.
    J’ai pas bien compris sur le coup. Maintenant ça va mieux.

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  6. Chris dit :

    @mimile
    Moi je me suis senti minoritaire quand j’ai vu qu’aux élections il ne servait plus à rien d’aller voter face au tsunami des votes communistes. C’est comme si tout le monde voulait dire « continuez comme ça, ne changez rien, on adore votre travail ! ».

    Pour Carrefour, si je peux te conseiller, essaie plutôt d’y aller le samedi matin entre 10 et 12h, au moins c’est propre et rangé. Et c’est parfois calme. Sinon cet hypermarché peut accentuer le sentiment de relégation (par rapport à Paris) quand on voit l’état des rayons en fin de journée: il n’y a plus de propreté ni d’ordre nulle part.

    Pour les « zyvas » c’est typique des vacances scolaires, quand les ados traînent dans les rues. Un mauvais moment à passer.

    Comme tu dis, il faut bien être quelque part.

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  7. Sam dit :

    @Chris
    C’est le tsunami des abstentions qui m’a personnellement choqué. La résignation est notre pire ennemi !

    @mimile
    Je serais ravie de prendre un café avec toi et te présenter des gens qui se sont battus depuis des années…et qui aujourd’hui ne comprennent plus ce qui se passe.
    Je viens du fin fond de la Picardie…un peu comme Kamini 😉 et difficile de comprendre pourquoi en sommes nous arrivés là dans cette si belle ville. Les photos de Doisneau montrent de belles images de Saint-Denis pas plus tard qu’à la fin des années 80 : les classes et le marché avaient d’autres visages…une réelle mixité qui transparait et une vraie ville populaire !

    Mon père continue à me demander de partir…je souris l’air de dire « t’exagères » mais de toute sa mémoire d’immigré, pour lui ce n’est jamais bon de vivre dans un endroit où on concentre les gens à problème…un ghetto en quelque sorte !
    Il a vécu dans les années 70 dans la banlieue de Beauvais…il a vite fui en Picardie où on trouvait un immigré tous les 100km.
    D’ailleurs c’était un phénomène de foire quand cet arabe a débarqué dans le village picard. Rien de raciste, mais les habitants étaient curieux et voulaient voir à quoi ressemblait un arabe 😀 et ils l’ont vite adopté.
    Quand il vient nous rendre visite il est inquiet…la première fois, il est sorti faire un tour et s’est assis place des Tilleuls à côté de tous les vieux maghrébins. Après avoir observé les bus pendant des heures, il est rentré stupéfait et a raconté à ma maman « mais j’ai pas vu beaucoup de gaulois monter ou descendre !!! »

    Bref, si on ne met pas tout en œuvre pour une mixité (ethnique, sociale,…) dans tous les sens du terme…on court tous à notre perte. Et encore une fois, on trouvera sans difficultés les bons boucs émissaires…

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  8. thierryb dit :

    Et sans parler des origines (qui ont leur importance dans la rencontre, l’échange, je le vois avec mes nièces qui sont de père algérien et de mère française) le mouvement de séparation sociale est repérable dans toute la société française depuis une dizaine d’année d’après les sociologues. Il s’accentue même dans les « beaux quartiers » et chaque classe sociale veut éviter de côtoyer moins nanti ou plus pauvre.

    En fait , nous autres qui continuons de vivre (et de travailler pour certains) à Saint Denis, nous sommes des sortes d’aventuriers à contre courant. Nous allons à l’inverse de la tendance sociale. Et mon petit doigt me dit que j’en suis fier (un vieux fond républicain ? une revanche à prendre sur mon milieu d’origine, chacun ses raisons).

    Ce qui est énervant, c’est qu’il faut lutter à la fois contre les préjugés de ceux qui ne comprennent pas pourquoi on est resté ici, et de ceux qui considèrent que ce n’est pas notre territoire parce qu’on les gène (sont pas si nombreux ces gugusses-là, mais il y en a) . L’important pour moi – question d’équilibre – est de maintenir un cap citoyen, et effectivement, de ne pas chercher de bouc émissaire aux frustrations momentanées.

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  9. Koil dit :

    Pour que la mixité marche, il faut que l’école marche.

    J’ai passé toute ma jeunesse dans le 91 dans une ville remplis de classe moyenne, dans des classes de la primaire au collège. Il devait y avoir entre 10% de gens d’origines étrangères toutes origines confondues ( europe du sud, europe de l’est, africains, maghrébins,..) bizarrement il n’ y avait pas de problème. Ils étaient bien intégrés car en fait même si certains avaient des lacunes au niveau langues, c’était une ou deux personnes donc le fossé était vite comblé.

    De nos jours quand tu vois la sortie d’une école à Saint-Denis, tu as tout de suite peur du niveau. Il doit y avoir maximum 25% de gens culturellement français (des parents parlant français à la maison). Il faut donc pas s’étonner que ces classes sont tirés vers le bas.
    De plus , même les parents mieux éduqués suivent moins bien leurs enfants qu’à l’époque. Un laxisme général s’est mis en place..

    Le problème va continuer de s’amplifier surtout si on fait rien et si les association  » à la con » , CIMADE, RESF, MRAP, continuent d’avoir des oeilleres sous prétextes que tout le monde est gentil et qu’on est le pays de droits de l’homme. On se prépare à de gros problèmes.

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  10. Sam dit :

    @koil,
    « Il doit y avoir maximum 25% de gens culturellement français (des parents parlant français à la maison). Il faut donc pas s’étonner que ces classes sont tirés vers le bas. » …Mes parents analphabètes, parlaient arabe à la maison et je suis issue de la classe ouvrière…cela ne m’a pas empêché d’être en tête de classe et de réussir mes études. Attention aux amalgames !

    Oui l’éducation et la mixité sont les solutions…évidemment !!

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  11. marco dit :

    Le concept de mixité sociale est intéressant, de nombreuses analyses sociologiques s’y attardent. Face au délitement du lien social la solution résiderait donc dans l’éparpillement des classes populaires… fallait y penser.

    Pour ce qui est des derniers commentaires nauséabonds sur la situation des étrangers à saint-denis, je trouve qu’il reflète bien l’idéologie actuelle et notamment celle du ministère Besson.

    Personnellement je suis trés fier de mettre mobilisé en début d’année scolaire avec des parents dionysiens et RESF pour que le petit Chama (5ans) retrouve son père en voie d’expulsion.
    A chacun ses combats

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  12. thierryb dit :

    Bien sûr que le rassemblement en un même lieu de gens en difficulté est un problème, mais c’est l’honneur (et d’ailleurs la mission de l’Education nationale ) de prendre les élèves tels qu’ils sont, et de travailler à leur faire atteindre le meilleur niveau possible. Je me sens assez militant de ces questions et le post de Koil me semble un peu insistant du côté de l’origine même s’il souligne une réalité : il n’y a plus de mixité sociale dans les collèges et les lycées de Saint-Denis (je ne parle même pas des lycées professionnels, mais là au moins les profs ont traditionnellement été bien formés et il y a un lien fort avec l’entreprise et pour les meilleurs l’IUT en vue, ou les BTS).

    J’allais dire: « et alors ? ». Ce n’est pas l’humanisme qui est en cause, c’est, face à des élèves de plus en plus acculturés et loin de la culture scolaire, suffisamment de gens bien formés et ayant choisi ce métier, dans des conditions normales.

    Or, depuis quelques années, on favorise la naissance de ghettos et on paupérise les écoles, bientôt on enverra les débutants sans les former du tout ( je vous laisse juges de ce qui arrive à un jeune prof qui n’a pas au moins appris les méthodes de travail qui permettent de remotiver, de donner envie…!).

    Le discours des parents est fondamental. Encore récemment, j’ai croisé deux sœurs en première S à une réunion de parents et leur mère (indienne ou sri lankaise) est venue me parler avec une interprète : elle les élève seule, mais elle veut les voir médecins, et se libérer de ce qu’elle -même a connu , un statut d’être inférieur, l’analphabétisme. Ces deux gamines, très pauvres, ont les meilleurs résultats de leur classe.
    C’est là que le bât blesse: rien dans la société ne favorise l’effort et le travail, et les parents sont souvent très absents. Mais ce n’est pas une question d’origine, c’est une question de valeurs partagées.

    A Saint-Cloud,(je parle d’expérience) les élèves de certains lycées, tout ce qu’il y a d’aisés et de « français », sont actuellement très démotivés par les études et semblent attirés fortement par l’argent facile, facebook, twitter, etc plus que par les intégrales et la philosophie…

    Il y a dans le 93 beaucoup de professeurs français issus de parents étrangers, notamment des jeunes femmes, je peux vous dire qu’elles sont très exigeantes avec elleS-mêmes, et avec les élèves!
    L’école est plus menacée par les changements de valeurs de la société que par la présence d’enfants d’origine étrangère, à condition que tout le monde autour d’eux tienne le même discours.

    Voilà, j’arrête de « prêcher », mais si je suis resté ici, c’est parce que je crois encore à cette possibilité. Désolé si j’ai fait long.

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