Les paradoxes du système éducatif français

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4 réponses

  1. lilia dit :

    Je vais parler de mon expérience personnelle (subjective donc!). Je suis de la province, de la classe dite moyenne, j’étais en ZEP au collège, comme 50% de mes camarades, je suis allée en lycée général, les autres allant en filières pro. Le lycée passe, puis arrive la fac pour tous ceux dont les parents ou les profs ne poussent pas à avoir plus d’ambition. Les autres, fils ou filles de milieu plus aisés tentent prépa et grandes écoles.
    Le problème ? La fac ( de sciences humaines car je ne connais qu’elle) c’est tout sauf la meilleure voie pour un bon travail et qui retrouve t-on en écrasante majorité dans ce type d’université ? Les filles!!! Celles là même qui après un master ou pire un doctorat se retrouvent à vivoter en cumulant trois petits boulots parce que leur diplôme est inadapté au monde du travail où les places tellement chères qu’il y a plus de chance de réussir le concours d’entrée de normale sup.

    Il ne s’agit pas seulement d’inégalité sociale dès l’école mais aussi d’inégalité homme/femme.
    Et au delà des questions d’inégalité il y a également une inadaptation incroyable du système universitaire au monde du travail. A quoi sert de faire des études si on ne peut rien faire avec après? Je vous le demande! Je fais partie des chanceuses pour qui la fac a été un tremplin pour intégrer une grande école, mais nous sommes combien? Trop peu sans doute.
    L’article parle beaucoup de l’excellence, mais à quoi sert elle s’il n’y a pas de travail au bout?
    S’il y a une école de la discrimination, il y a également une université de l’échec qui au lieu d’utiliser les richesses de la connaissance dont elle dispose pour offrir un avenir tourné vers le monde à ses étudiants, préfère tourner en rond sur elle-même, se congratuler tout en veillant jalousement sur son sanctuaire.

    Enfin vous les parisiens, vous ne pouvez même pas imaginer ce qu’en province il est difficile d’accéder aux très grandes écoles. J »ai souvenir de mon grand oncle, vivant au pied des Pyrénées, après avoir été à l’école du village, au collège de la ville a terminé ses études à Louis le Grand pour devenir ambassadeur de France (et ils étaient plusieurs de la province!!!). Dans les années 50, c’était possible, maintenant c’est tout bonnement impensable, en province, on regarde les grandes écoles comme des oasis inaccessibles localisées sur une autre planète, un truc de parigot. On parle beaucoup des jeunes de banlieues, mais on oublie tous les jeunes de la campagne ou des petites villes. Il y a des gens intelligents partout, pas seulement dans les grandes villes et si l’école ne fait pas son boulot, alors on n’a aucune autre chance que les parents pour s’en sortir. Mes parents n’auraient pas été là, pour suppléer aux insuffisances scolaires, je n’aurais sans doute jamais pu prétendre à entrer dans une grande école. Je le dis sans rougir, c’est grâce à eux que j’en suis là. Je ne critique pas les profs, j’en ai eu de très bien mais tout un système qui au nom de l’égalité laisse sur le carreau tous les élèves qui n’arrivent plus à suivre parce que donner des cours de soutien à certains élèves c’est défavoriser les autres, qu’importe s’ils suivent très bien!

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  2. Anne dit :

    Merci quand même à Cyril pour son excellente contribution, comme on dit à l’université. Je me procurerai le bouquin dès que la bibliothèque aura réouvert. @ Lilia, ne décriez pas trop l’université, que la contribution de Cyril ne concernait d’ailleurs pas tellement. Voyez que malgré tout, elle vous a indiqué votre voie. On n’échappe pas à son destin. Au fond, vous êtes bien la petite nièce d’un ambassadeur de France, quoique de province (je dis cela pour rire:)).
    Je trouve néanmoins vos opinions un peu triviales à l’égard de l’université et des parisiens. Personnellement, j’ai vu avec plaisir ma fille sortir d’un des meilleurs lycées parisiens avec mention très bien au bac et venir s’inscrire dans une fac de banlieue, où elle poursuit sa voie avec succès. J’ai vu aussi ses collègues de lycée, garçons comme filles se casser la figure dès leurs premiers mois de prépa dans diverses spécialités, et se retrouver sans projet un an après le bac. J’ai vu enfin des jeunes sortant des grandes écoles avec des diplôme de sciences de l’ingénieur venir s’inscrire à l’université (en sciences humaines, en plus !),et faire des parcours magnifiques ; enfin, en tant qu’enseignante chercheur, j’accompagne depuis des années des étudiants qui trouvent leur voie dans ma discipline au niveau Licence Master voire Doctorat, et qui s’insèrent plutôt bien dans les milieux professionnels concernés.
    Mais, je m’arrêterai là, un peu comme Thierry B. dans un autre poste. Stop. Mes chères études m’attentent, même l’été. A chacun son destin.

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  3. Sam dit :

    Merci à Cyril pour ce billet et j’espère qu’il y en aura toute une série au sujet de l’éducation qui est l’essence de nos valeurs.

    Merci à Lilia d’ouvrir le débat. Juste pour illustrer un contre exemple :
    Je suis une fille, père ouvrier non qualifié, mère au foyer et issue d’un p’tit hameau en province. J’ai fait le lycée et prépa en province, puis grande école d’ingénieur dans une autre ville de province.

    Le plus dur était la prépa (1993-1996) car il fallait être endurant. La majorité de mes camarades était de classe moyenne et nous étions environ 25% de milieu modeste. Côté filles, nous étions 6 sur un total de 40 soit 15%…car prépa technologique. Par contre dans le même lycée, il y avait 40% de filles dans les prépas dites classiques et 60% dans les prépas HEC.
    Un camarade très doué au lycée (mention très bien) a abandonné Math Sup au bout d’un mois pour la fac. Et il a très bien réussi.
    Une amie a abandonné en Math Spé (pourtant elle était douée mais ne supportait pas l’esprit de compétition) et est repartie en fac. Elle est responsable qualité dans une grande banque.
    D’autres ont échoué au concours et sont repartis à la fac. Ils ont réussi tous à se frayer un chemin (enseignant, ingénieur,…).
    Les amis qui ont réussi les concours, ont intégré des grandes écoles d’ingénieur en province ou à paris.

    A l’école d’ingénieur, 70% étaient issus de prépa et 30% étaient issus de BTS ou DUT. Et nous étions 5 filles sur 33, soit 15%.

    Dans mes différentes expériences pro, j’ai travaillé avec des gens brillants issus de formations diverses (biologie, droit, chimie, agronomie..) et qui se sont recyclés en informatique. La plupart ont fait leurs études en province et certains travaillent dans des domaines d’activités qui n’ont rien à voir avec la formation de base.

    Je ne vois pas les choses sous le même angle Lilia. En ce qui me concerne, ce système ne m’a jamais freiné car « fille » car « provinciale » ou « issue de milieu modeste »…en tout cas il m’a donné ma chance et à Pitch aussi…également fils d’ouvriers issu d’une petite commune de province.

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  4. lilia dit :

    @ Sam et Anne

    Sam tu ne donnes pas de contre exemple, tu illustres un univers différent du mien (je parle d’univers d’étude!!). J’ai bien dis que je parlais uniquement de celui que je connais à savoir les sciences humaines (histoire de l’art, archéo, ethno etc). Quand on est dans ces filières il est très difficile de réussir sans faire de très longues études souvent bien cruelles où le mérite n’a pas toujours sa place.
    Je ne nie pas le fait que dans les filières où vous avez évolué il est possible de s’en sortir brillament, ce que je veux dire c’est que ce n’est pas la même chanson dans tous les secteurs.
    Par exemple, en histoire de l’art, réussir brillament, c’est invariablement venir sur Paris, faire une grande école ou pire avoir un nom et de l’argent (ce qui peut fermer pas mal de portes quand on ne les a pas). Il faut faire la bonne fac, rencontrer les bonnes personnes, faire les bons stages (jamais payés, ni même défrayés pour les transports) etc, pour arriver à tirer son épingle du jeu.
    Je suis passée par une des pires université, les profs nous disaient même de ne pas mettre le nom entier de la fac sur nos CV pour ne pas nous pénaliser. Certains profs repéraient les élèves les plus brillants dès la première année et faisaient tout pour les envoyer sur Paris pour qu’ils aient une chance de s’en sortir. Quant à mon directeur de recherche il disait amen à tous mes projets pour partir de la fac pour que j’ai une chance moi aussi d’y arriver. Tout ça mis à la suite pousse à se poser des questions.

    Ce que je veux dire c’est qu’il y a deux poids, deux mesure, l’univers des « sciences dures » et celui des « sciences humaines », bien sûr les deux univers sont difficiles, il n’empêche qu’opter pour le second c’est vraiment jouer à la roulette russe si l’on veut s’en sortir. Je le constate tous les jours avec mes collègues, pourtant intelligentes, qui restent sur le carreau sans amélioration en vue.

    En fait avant même de parler d’excellence, il serait bon de parler de l’orientation, car à mon avis c’est à ce moment là que se met en place « l’élitisme à la française » comme le nomme l’article. Plutôt que d’expédier tous les élèves qui ne savent pas quoi faire, à la fac, sans même se demander s’ils veulent faire de longues études, il serait bon de clairement définir les filières porteuses ou non, celles qui nécessitent de longues années d’étude ou pas, qui permettent de travailler directement ou sont seulement des préparations à des concours etc.
    Les centres d’information et d’orientation pourraient jouer un rôle important s’ils étaient plus dynamiques et à la page concernant toutes les possibilités de formation existantes (là aussi je parle de mon expérience).

    @ Anne, il est bien évident que je ne rends pas responsable les parisiens du fossé qui s’est creusé entre Paris et la province, mais c’est une réalité. Tous les concours où je me suis présentée, les écoles se plaignaient du peu de provinciaux inscrits par rapport à l’écrasante majorité d’étudiants d’Ile de France.

    Voilà, je persiste et je signe 🙂 je suis tout à fait consciente que ce que je décris n’est absolument pas une généralité, mais elle existe et rien que pour cette raison elle mérite d’être citée. Beaucoup de filières en sciences humaines sacrifient trop d’étudiantes issues de milieux plutôt modestes (il y a trop peu d’hommes pour que l’accord se fasse à leur honneur!).

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