Marianne – Elisabeth Badinter : « Je ne pardonne pas à la gauche d’avoir abandonné la laïcité »

Vous aimerez aussi...

5 réponses

  1. ThierryB dit :

    Remarquable intervention. Merci de l’avoir publiée ici. Comme enseignant qui se souvient de discussions avec certains à St Denis, je me suis longtemps senti gêné par cette dérive (même si la loi de 2004 ne me semblait pas très utile) et cet abandon. 
    Je me retrouve complètement dans cette phrase : « On est passé du cogito ergo sum – « Je pense donc je suis » – au credo – « Je crois, donc j’existe »… C’est une trahison bouleversante pour ma génération, qui avait une autre conception de l’école comme outil d’émancipation, en particulier des filles. »

    0

    0
  2. Bill dit :

    Je me sens complètement en phase avec cette analyse de la perte de la laïcité. Nous n’accepterions pas ces manifestations religieuses si elles venaient de cathos et personne n’aurait de soucis à les dénoncer. Et on peut dire que l’église catholique en France a dû avaler énormément de couleuvres et continue, ça a été très dur mais dans une vaste majorité de Français croyants ont appris à vivre avec, pour beaucoup à en rire ou à les ignorer, une minorité soutient actuellement les réclamations pour un retour à la sacralisation des religions. Et effectivement on assiste du coup à une alliance des hyper-religieux qui réclament le droit au communautarisme extrême qui passe par un affichage vestimentaire.

    Et comme E. Badinter, ce qui m’effraie le plus dans l’histoire, c’est le sort des filles. Quelque soit la religion concernée, le virage extrêmiste implique une soumission de la femme aux lois du dieu choisi bien sûr mais surtout aux lois de l’homme (son père / son mari / ses frères) et que malheureusement ces lois relèguent les femmes en sous-citoyennes, souvent cachées ou fantômes de la société, pas de rôle public, pas d’éducation poussée, pas de droit, pas de pouvoir, juste le droit de satisfaire son mari et si elle a de la chance, son mari ne sera pas méchant et n’abusera pas de la position supérieure qu’il occupe. J’ai pu le constater dans les sectes cathos, j’ai pu lire quelques histoires terribles sur le sort de femmes juives orthodoxes et nous le constatons aujourd’hui malheureusement à grande échelle avec le sort terrible de toutes ces femmes nigérianes, irakiennes et syriennes. Les femmes sont depuis toujours les victimes de violences partout dans le monde, victimes des conflits, du manque d’éducation, du manque de droit et lorsque la religion vient en renfort du machisme naturel, le cocktail est meurtrier.

    Le voile est un grand sujet en France parce qu’il mêle 2 symboles : d’un côté le droit de pratiquer sa religion en toute liberté tant qu’elle ne dérange pas les autres et de l’autre la soumission de la femme à l’homme. Les croyant(e)s y voient un signe de leur foi et les laïcs soucieux d’égalité homme / femme y voient une régression du statut de la femme. Personnellement je connais assez de femmes voilées pour savoir que pour beaucoup en France elles ne sont en rien soumises à l’homme, que c’est un choix purement religieux. Mais d’un autre côté, je ne peux pas m’empêcher de bondir quand j’entends des arguments pour défendre le port du voile tel que « pour protéger sa pudeur » et « ne pas provoquer les hommes ». Je trouve cet argument très inquiétant et il me pousse à refuser tout voile quand il est évoqué. Je hais l’idée qu’on puisse élever des enfants en leur inculquant que l’homme n’est pas responsable des conséquences de son désir, que c’est la faute de la femme s’il n’a pas su contrôler ses pulsions, cela donne une image très dégradante de l’homme, un animal victime de son instinct et donc irresponsable. Et le versant, élever les filles en les rendant responsables du manque d’éducation des hommes, en ayant honte d’être ce qu’elles sont, des femmes, réduites à l’image d’objet sexuel, éternelle Eve qui nous a fait perdre le paradis… Bref, j’ai un garçon et une fille, cette vision des relations homme / femme me fait frémir. 

    Du coup, je supporte à fond l’interdiction du voile dans les écoles. Je trouve qu’il est important que les jeunes filles qui souhaitent être voilées apprennent aussi à ne pas l’être. Que dans un espace dédié à la connaissance, à la raison, les filles et les garçons soient d’abord des élèves, à égalité devant le savoir. Qu’ils apprennent à travailler ensemble, sans distinction de sexe, cela les prépare à la vie professionnelle et leur apprend à fonctionner sur un autre mode que la drague (pas toujours facile en période ado…) On lutte depuis des années pour faire tomber les stéréotypes sexuels dans les choix d’orientation, le voile constitue un stéréotype de plus. Oter le voile à l’école apprend aussi la distinction entre espace public et privé et facilitera une insertion professionnelle. L’école a déjà eu ce rôle d’intégrateur citoyen. Il y a un siècle c’était instit contre curé du village, les batailles étaient parfois rudes.  

    0

    0
  3. ThierryB dit :

    @Bill
    comme homme, enseignant, je me sens représenté par ce que vous dites. Je voulais juste, parce que j’ai travaillé là-dessus pour une formation de professeurs il y a quelques années, ajouter un petit quelque chose sur la loi interdisant les signes ostentatoires à l’école (je ne parle pas de celle de 2004).
    On sait que la loi n’a pas produit de conflits, et qu’elle n’a entraîné que très peu d’exclusions de l’école (moins d’une dizaine à ma connaissance, avec rescolarisation dans un établissement confessionnel ou, malheureusement abandon de scolarité). La majorité des cas s’est réglé par la concertation, le dialogue, entre gens raisonnables. E.Badinter a donc raison, l’application de la laïcité, c’est le seul moyen de vivre ensemble sans laisser les différences prendre le dessus.
    De plus, je ne vois pas pourquoi, par souci de la promotion des milieux populaires, souci que j’ai partagé politiquement, syndicalement, on devrait accepter ce qui sépare au lieu de promouvoir ce qui relie, ce qui élève, ce qui a pour projet de s’élever collectivement vers une vie plus épanouissante, au lieu de toujours identifier les personnes par leurs appartenances, parfois sclérosantes.

    0

    0
  4. Dame Catule dit :

    En écho aux commentaires de Bill et ThierryB, on peut lire dans le Monde du 5 février : « L’islamisme, une lecture totalitaire du monde » de Chahla Chafiq (écrivaine et sociologue), une étude sur des jeunes radicalisés menée en 2008-2009, dont voici un passage :
    « Au cœur de l’ordre islamiste se trouve la hiérarchisation sexuée, comme le formule Alam, sans faux-semblant : « Je ne suis pas pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Car sinon, elles deviennent lesbiennes, il y a le divorce et elles n’obéissent plus à leur mari. Il doit y avoir un capitaine sur un bateau. » Tels sont également les propos de Malika, une jeune étudiante qui travaille dans l’animation et se voile pour obéir à Dieu. Elle sourit presque lorsqu’elle déclare : « L’amour qu’on porte à l’aimé se traduit par l’obéissance. » « La faiblesse des hommes est la femme », ajoute-t-elle, en insistant sur le fait que les femmes portent le voile pour se protéger elles-mêmes et protéger les hommes de la tentation. »
    http://www.lemonde.fr/idees/article

    0

    0
  5. Marion dit :

    Spécialiste reconnue et incontestée de la laïcité, je vous invite à lire ce remarquable interview de Malika Sorel-Sutter, ancien membre du collège à l’intégration et de sa mission Laïcité :

    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/

    0

    0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *