Rue 89 – « Les banlieues et la politique : un sociologue contre 5 idées reçues »

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2 réponses

  1. habitant dit :

    Même à Saint-Denis qui n’y échappe pas, on ne peut pas encore dire que quelqu’un qui vient des cités, qui y a grandi comme Saint-Rémy, Francs-Moisins, la Saussaie etc. sera d’ici demain maire en 2014 ou député en 2012. D.Paillard se voit déjà au Stade de France et P.Braouezec remet les gants.
    Elus et militants en majorité du centre-ville ont plus l’air d’avoir un lien fort avec leurs mentors, des partis en déliquescence qu’autre chose.
    Même à Saint-Denis on en est toujours « à l’époque des années 80 » avec l’image des « grands frères » animateurs de quartiers beaucoup trop utilisés à cette époque. C’est aussi pour ça qu’il y a aussi un refus de militer au sein des partis ou pour un candidat.

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  2. suger dit :

    Une équipe de sociologues a travaillé pendant plusieurs années sur le vote et la vie politique (ou plutôt son absence…) dans un quartier de Saint-Denis, les Cosmonautes. Voici deux extraits de l’interview qu’ils ont donné au au journal « Le Monde » du 14 février 2007 :
    Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen estiment que « l’abstention est devenue la norme »/En banlieue, « la politique est un spectacle ésotérique »

    Vous publiez « La Démocratie de l’abstention » (Folio « Actuel », Gallimard), résultat de cinq années de recherche dans un quartier de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Qu’est-ce qui caractérise, sur le plan politique, la population de ce quartier sensible ?

    Jean-Yves Dormagen : « C’est une forme d’indifférence à la politique. Elle s’exprime d’abord à travers l’inscription sur les listes et la participation aux votes. Il faut bien se rendre compte de l’état de la démocratie dans un quartier comme celui des Cosmonautes : on compte 1 400 habitants, dont 700 environ sont des Français en âge de voter. Parmi eux, 500 seulement étaient inscrits sur les listes en 2002. Et au premier tour de la présidentielle, moins de 300 de ces inscrits sont allés voter. Lorsqu’on étudie les listes d’émargement sur la longue période, pour voir qui participe régulièrement, on se rend compte que le noyau dur des électeurs tombe à 150 personnes.
    Cela signifie que, même s’il y a eu un mouvement plus important d’inscription en 2006, c’est la participation qui est aujourd’hui minoritaire alors que l’abstention est devenue la norme.
    Cela se traduit de manière très concrète dans une commune comme Saint-Denis : en 2001, le maire (Patrick Braouezec) a été élu, au premier tour, avec un peu moins de 7 500 voix sur une population de 85 000 habitants ! Son prédécesseur (Marcelin Berthelot) avait, quant à lui, été élu au premier tour en 1977 avec 20 515 voix. Quand on s’intéresse aux banlieues populaires, on s’aperçoit que la France est en voie d’américanisation électorale. »

    Comment expliquez-vous cette démobilisation ?

    J.-Y. D. : « Par la déstructuration des environnements populaires et la déstabilisation de leurs populations ! Le travail, par exemple, a longtemps constitué un espace de politisation individuelle et collective. Il le demeure en partie d’ailleurs : ceux qui sont inscrits sur les listes et vont voter appartiennent, dans des proportions significatives, à la petite fonction publique. Leur participation garantit localement, à la gauche, une majorité électorale. Mais, à l’inverse, les chômeurs ou ceux qui se trouvent dans la précarité ont déserté les bureaux de vote : ils sont majoritaires dans le quartier (44 % des salariés de la cité) mais ultraminoritaires à la sortie des urnes. Si on comprend que la démobilisation en cours n’est rien d’autre que le prolongement de la ghettoïsation dans l’ordre électoral, on comprend également qu’il faudra plus que des opérations de communication pour que le pays légal ressemble à nouveau au pays réel. »

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